Brazero

20 juillet 2014 // 3:50

 Je crois que notre tempérament a fait qu'on a oublié que l'on pouvait défoncer des villes à la bombe de peinture ou par les mots. C'est quand le monde s'écroule que l'on se rend compte de son pouvoir. Encore du synthé pour nous projeter un peu plus loin alors que tout est détruit, que tout est un tas de débris. Même si les comètes ne sont que des amas de poussières, même si s'effrite nos vies de façon très simple finalement. Dans le ciel les nuages ne s'annoncent que très rarement, la chaleur pesante, c'est toujours les mêmes mots que l'on entend à la télé, moi je ne peux pas faire comme si de rien n'était face aux images. Le regard des acteurs a quelque chose de fragile pourtant, pourquoi les hommes ne sont pas tous des acteurs ? Alors que s'ammoncellent les corps on fait la fête. Le vin comme le désespoir nous aide à remonter une pente que l'on ne fait qu'imaginer. Encore des mots alambiqués pour le moment où l'on sera des météores et que ce monde on lui fera remuer ses fesses par le devant. De la rage adolescente encore dans les veines, c'est comme être complet à nouveau , je repense bizarrement au show de cut killer rue Marengo durant la fête de la musique. Ce moment d'éternelle complétude lorsque la musique nous porte : avec les images à la télé ça fait tâche. Les enfants resteront toujours venteux. La frénésie toujours un moment de redécouverte. Les bouches tordues toujours étrangement surprenante. Et le feu toujours notre élément, notre raison d'être. Des enfants toujours venteux qui prennent les armes, autrement, avec de l'allant et du carnage dans la bouche.

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Brise marine.

14 juillet 2014 // 12:22

 Repasser au surligneur les limites de la ville et les voir à taille humaine dans la démesure. C'est un peu comme regarder à nouveau ce visage dans le miroir. C'est un peu comme ta main dans la mienne : c'est un tremblement dont on s'attend et qui nous surprend. Des larmes, des mots, de la salive et de la fatigue dans la voix : beaucoup de joies dans les désordre dans les douleurs, dans les cris, dans les faces figées par la rage. De la pluie pour nos mots, de la pluie partout chassée par le vent tendre et le soleil définitif de Marseille. Moi je veux des valses avec toi tous les jours dans notre appartement aux murs aubergines, dans notre appartement qui ne connaît que la renaissance.
Le guitare sature en même temps que les mots enflent. Je souris doucement alors que je tire sur ce joint, que je constate comme le monde peut être loin quand on s'adresse à des presqu'îles. Tu es ma presqu'île, cet appartement est ma presqu'île, cette rue Briffaut est ma presqu'île, ce ventre qui est tien et que je regarde, je crois que c'est ma presqu'île. Un lieu où l'on se réfugie : un bord de mer, de la tension, du coeur qui se serre, les fesses posées sur les coussins du rebord de la fenêtre. La vie quotidienne qui reste là, tendrement posé au fond de notre coeur. Ta main dans la mienne, moi je ne pense qu'à ça. Et des sons distordues, des berceuses douces, des moments trempés d'envie. Des sourires au coin de la bouche des shalalala des émotions torrides et ton regard sur moi. Percussion à chaque fois encore.
 Il est temps de jeter un dernier regard, les cartons entassés, les sacs de bledards encore éventrés, en attente de fermeture. Espace clos, temps déchu, il y a comme une intermittence alors que le soleil frappe la bibliothèque maintenant vide et solitaire et triste aussi au milieu du visage. Les rires sur la terrasse, les derniers, s'évaporent, il y a eu des soupirs et des râles et des cuites, il y a eu un moment donné de ma vie. Quitter l'appartement rue Paradis, le sourire au lèvre parce que j'ai jamais pensé vraiment que je vivrais ici. Je m'y suis accommodé, mais c'est aussi parce que t'étais là, parce qu'on a fait de l'exiguité un gouffre qu'on tente chaque jour de remplir d'amour : et c'est niais, mais pour ce que ça importe. j'ai décidé d'assumer tout, même ça. Même de refermer la porte et m'en foutre et de faire un tri drastique dans mes photos accrochés au mur. Il y a comme quelque chose de flamboyant dans ce déménagement, il sent la vie tout autant que la peinture fraîche. Il sent ton odeur et ça me convient.

// C'est juste une lumière dans la nuit parce que rien ne va très bien quand ça déraille en pente dans la france actuelle. On résiste tous à notre manière, moi j'ai décidé d'aimer les autres : oui, c'est encore une histoire de niaiserie, mais je l'assume, là encore. Chacun ses flambeaux, ses routes et ses cartes problématiques. Moi je réfléchis sur l'enjeux que représente de pisser sur l'idée même de Marine le Pen. //

Enfance venteuse (à nouveau)

13 mai 2014 // 14:57

 Vous connaissez cette histoire, surement, les chaussures trouées que l'on imagine venir de loin, les reflets dans la glace, la pulsion étrange qui coule, là, derrière, sur la nuque. La montée étrange des synthétiseurs qui finissent par éclater de façon très épique quand le rythme reprend : des creux, des bosses, de la terre, de la terre après la pluie, de l'herbe, dans des cônes, dans notre tête, puis se déplace les problèmes, les curseurs : aujourd'hui c'est l'histoire qui s'écrit un peu plus que les autres jours. Ensuite on regarde le miroir. Ensuite on constate ce que l'on engendre. Ensuite on remet la musique, on s'essouffle toujours un peu lorsque nos genoux sont écorchés, qu'il est deux heures du mat qu'on veille, qu'on chante, qu'on boit du vin de Bordeaux ou de partout ailleurs. On a beau parler de richesse, on la connait l'histoire, on veut se tatouer la peau et être désirable, s'embrasser, se dire des choses que l'on se serait pas douter, devenir dingue parce qu'on ne peut qu'être dingue dans ces moments là, et ne plus dormir la nuit, attendre le jour, ne pas dormir le jour non plus ; de la frénésie, de la furie, de la beauté, du grandiose, du sourire, du rire, du bonheur qui se dilue là dans nos verres que l'on trinque. Toujours la même ritournelle, la même histoire : nos coeurs qui battent, l'air assuré, le vent, les chaussures trouées qu'on imagine, des ballerines plus tard, des danses, des courses, des sourires.

Toujours cette pulsation celui d'un coeur nouveau, tout frais, auquel on est pas vraiment préparé, le sourire de mon frère un peu perdu, perplexe sur la tâche à venir et puis une bouille dans une couveuse et c'est cette histoire là qui redémarre, celle que nous on connait que nos enfants connaîtrons aussi, plus tard, sans doute. Puis remettre le son très fort, la nuit, en voiture, les fenêtres ouvertes, le printemps et l'été, la nature déjà sèche, puis voir la mer, puis sentir la mer, puis la douceur des draps, puis les yeux qui s'ouvrent et se ferment, les objets de fascination : l'histoire, toujours l'histoire dans le sourire. un coeur, un nouveau-né, une jolie fille, un joli coeur. Puis moi, dingue, tonton, nouvellement tonton qui attend que l'heure tourne, que tout ça grandisse que les feux redeviennent des forêts // moi qui regarde déjà mais pense à l'avenir, au surplace, aux cuivres que l'on entend toujours quelque part sonner à nos oreilles. T'es née et t'es belle Lana, il n'y a rien d'autre à dire.

Freestyle #1

9 avril 2014 // 19:42

 S'emboîte dans ma tête énormément de visions, de l'élection d'un maire d'arrondissement FN à Marseille aux mecs de la rumeur qui gueule "qui ça étonne encore" au milieu de la foule de l'espace Julien. De toute la salive abattue dans des discussions sans fins, dans des cours particuliers de français durant lesquels j'explique à des minots qui en ont rien à faire la puissance de certains poèmes, puis rentrant le soir sans vouloir rien foutre, juste regarder le soleil toujours haut à 19h30. Je mets de côté les pétasses blondes hystériques qui compliquent beaucoup les choses mais se font se resserrer les liens, les questions que je me pose à propos des gens que j'ai mis de côté, que je ne veux pas revoir. Reste de nouvelles nappes synthétiques en fond qui me plombent et me ramènent à la vie, la mer, des morceaux de musique comme d'habitude. Des cris, de la rage, des comptes en banque boiteux mais beaucoup de rire. S'empilent des mots, des phrases sans doute impaires. S'allonge le nombre de pages, 90 au compteur, sur l'histoire de ce gosse que je ne suis pas mais que j'ai décidé de faire grandir dans le quartier de mon enfance. Sinon, je lis des choses sans intérêts, je préfère dévorer n'importe quoi à la télé ou dans ma bibliothèque. J'attends les vagues, je repense au weekend dernier et à mes pieds dans l'eau. Avril, je t'aime. Je relis tranquillement les mots déjà posés ici, je crois qu'un jour ou l'autre il faudra bien que je gueule au monde que j'ai toujours voulu être un poète plutôt qu'un gars qui s'échine à comprendre les modes d'intégration cognitive des poèmes des années 50 : l'illisibilité passe toujours par des mots trop complexes. Tant pis, peut-être que personne ne me lira jamais vraiment ; les images sont toujours là, j'ai compris, récemment, que j'étais beaucoup plus sensible aux images qu'avant, que celles-ci s'imprègnent plus violemment : peut-être suis-je devenu retors à l'émerveillement, peut-être que j'ai retenu trop ça en moi en voulant grandir. On grandit de fait, je pense. Tu me l'apprends chaque jour, on grandit de fait et on assume, tu m'as fait me rendre compte que j'étais un homme, que j'avais du talent parfois, que ce que je jactais été intéressant. Ca essouffle, ça fait du bien dans le fond, ça pousse à cogiter, au-delà de la dépression de la relecture frénétique des textes d'IAM après le désarroi post-électoral. Tout ça c'est malade et truqué, les sentiments vrais, même si je les garde pour moi, ils débordent et j'aime bien, ça dérange parfois les gens qui m'aiment mieux comme un clown triste. J'aime emmerder la foule. Le morceau s'arrête, il va falloir respirer, moi, boit sans soif. C'était un hors série, une vague douce.

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