Colonel chagrin.

12 janvier 2015 // 16:01

 Est-ce que l'on a des choses à dire de nos larmes, de la pluie qui ne tombe pas, d'un hiver trop clément que d'une semaine où l'on vieillit dans le miroir. Tu as pris une ride et quelques cheveux blancs de plus boy, t'es toujours aussi beau boy, t'es juste plus vieux boy. T'es sage et doux, et c'est vrai que t'as rien demandé à personne pour que la terre s'ouvre sous tes pieds parce que comme dans les vrais romans français il y a cette collusion entre Histoire et histoire. Toi et ta bien-aimée vous êtes devenus un roman français lorsque le mercredi est suivi par un vendredi d'angoisse inextinguible. Des chasses à l'homme aux chasses des toilettes. On a envie de vomir et de pleurer. On regarde juste par la fenêtre le ciel bleu et le soleil déjà planqué derrière l'immeuble en face. On laisse filer le vent, on manifeste, on se débat en espérant y voir plus clair ensuite. Le retour de l'angoisse que l'on dissipe dans du vin et des larmes à l'abribus, les yeux plissés à cause du soleil blanc de janvier. 2015 semble quelque chose de difficile à prononcer sinon tu n'y comprends rien. On panse les plaies, on se taille des larmes, on a encore des histoires à raconter, des résistances à formuler. Pour brûler de joie et de peur, de tristesse et d'illusions. Ne reste que les chansons douces. Les bals d'antan, les souvenirs diffus. Le beau moderne qu'on appelle ça. 

// Derrière la tristesse et les incertitudes reste brûlante cette idée que je t'aime et que je veux me battre pour deux, pour trois, pour dix-mille. Courageux et téméraires. Que tous ces mots voilés de toi qui pleure contre moi dans notre lit la nuit soit des évènements bien réels, des bouquets de fleurs des cris de joie et d'espérance. Des crachats à la figure de tous ces cons, des majeurs levés aux oppresseurs, des rires bien plus immenses que les cris qui nous font peurs. Et de verres de vins en semaines de disettes on finira bien par la niquer cette misère, la niquer cette sinistrose, la niquer la vie, l'enfanter, l'engrosser, la faire vibrer à en écrouler nos coeurs pour une cause plus grande. A écrouler les murs de Jericho avec des trompettes, à faire pleurer de joie nos Jericho, nos citadelles, nos villes, nos fors intérieurs. A faire des rimes à la belle étoile et souffler des tirades ridicules. Mais surtout avoir conscience de nos limites, de l'art que l'on brasse et déplace lorsque l'on parle, que chaque pas est une résistance contre la vie et contre les autres pour la vie et pour les autres. Que les plumes c'est polysémiques, que les larmes aussi. Que s'éclate nos mondes, que s'éclate tous ces discours préconçus et ces mauvais pressentiments face à l'exigence que l'on s'impose à nous-mêmes, d'être des résistants, des humains, des sourires et des sentiments. Moi je t'aime parce que lorsque je suis avec toi je ne veux que pleurer de joie, m'enfermer très longtemps pour réciter tous les films qu'il reste à faire, toutes les histoires qu'il reste à raconter. Tout ce que l'on va entreprendre, tout ce que nous sommes. Alors la fatalité peut aller se faire enfiler, nous on danse en rond, on valse. Moi je ne veux que t'offrir des fleurs et te dire que t'es la plus belle. Pour que l'hiver soit sans encombres nouvelles. Pour que l'été nous rayonne. //

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