Carnassier d'hiver.

25 septembre 2014 // 0:34

 Les sourires, les passions, ce ne sont que des pierres angulaires émoussées. Ce genre de galets qu'on ramasse sur la plage et dont on invente les pouvoirs magiques dans un sourire pour des gosses aux yeux émerveillés. Ensuite, on se voit dans les yeux des minots, on se dit que c'était nous, que l'on avait ce même rire à l'époque et l'époque, ça fait longtemps qu'elle est révolue. Tellement qu'on a pas idée de ce qu'on pensait alors. Le fantasme du déjà-vécu nous remonte dans la gorge comme une violente pharyngite que l'on ne saurait pas vraiment regretter. Assis en tailleur j'ai l'impression d'inventer quelque chose de pointu quand j'écris ça. Une drôle d'histoire échevelée je trouve.

//////// Retomber sur cette lettre étrange que je me suis senti obligé d'écrire un jour pour justifier l'idée que j'avais envie d'être libre. Encore une drôle d'histoire. J'ai l'impression que cela fait une éternité que je n'ai pas arrêté la machine un peu. Je dors différemment, peut-être encombré. Le rhume est pour bientôt, l'air déjà plus frais. Mais pourtant, qu'est-ce qui change dans cette tempête ? Toujours des t-shirt à rayures, des problématiques de société et un besoin humaniste qui nous tord le ventre. Des joints en ribambelle quoi. J'ai fondu, ma mère me trouve svelte, je ne sais pas quand c'était la dernière fois qu'elle a pensé un truc pareil. Y a quinze ans peut-être. Si elle savait. Encore un été à qui on aura niqué sa mère, encore une vie qui roule des poches vides, du vent, du kérosène et de l'asphalte. Toujours ces mots que je brandis en étendard. Une poétique peu complexe et torturée, visant à l'expression essentielle des artères en fleur... Et d'autres conneries du genre. Je crois que j'ai arrêté de vouloir chercher la vérité dans chaque flaque d'eau stagnante, raison pour laquelle j'écris moins ici. Quelques rêveries me font croire que mon roman à venir viendra. J'ai des doutes sur les mots aujourd'hui. Je crois que j'ai trop cherché à les comprendre, j'ai trop renaclé avec l'espoir qu'ils tirent quelque chose de moi. Un an à lire des textes illisibles ça use. Parfois mes yeux recourrent sur les lignes un peu chiantes de mes idées. Un jour je ferai quelque chose d constructif de tous ces plans sur la comète. En attendant l'horizon, les points de fuite et les vagues sont toujours des obsessions un peu encombrantes qui font que mes textes manquent d'ampleur, de respirations. Ne reste que les tourments recroquevillées dont l'agrammaticalité de mon expression desserre les boulons. Il est sans doute l'heure de dormir, je reste planté dans mes choux, dans mes rêves, dans mes pulsions violentes. Ce que l'amour nous fait nous rendre compte ? De tellement de choses que la liste n'a pas de raisons d'être. Je n'ai plus que des justifications pour chacun de mes pas.





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"Tu veux pas rester ? Au moins jusqu'à l'été prochain..." 
Je la regarde, je veux lui promettre que je l'oublierai pas mais je sais que si je pars, il y aura bien un jour où je penserai pas à elle : j'ai mal d'y penser avec cette clarté évidente et désabusée. Je ne dis rien. 
"Tu verras, ici, l'hiver est doux. Tu tueras mon ennuie" 
Elle disait ça en tuant une cigarette l'air de rien, tendue drôlement au niveau de la gorge et du bide. 
Je regarde le vide, vaseux comme je suis : l'histoire comme une répétition, nous sommes dans sa chambre comme ce premier jour où elle m'a pris en photo. Le cliché trône à la droite de sa tête de lit -- un hiver sans gelée. Je hausse les épaules. Il y a ces néons fluos au dessus du lit qui forment les lettres "California", rose et bleu. Teintes poudrées de boudoir magnifique : éclatement de parenthèses. Boucles vitales à la place des secondes, il y a comme des bruits assourdissants de métronomes : cette chambre qui se replie sur nous-mêmes. 
Je revois ce quai, ma mère. Je vois l'hiver, la plaine et la porte. Tout se mélange alors qu'elle m'embrasse. J'ai l'impression étrange de trahir quelqu'un sans savoir qui. Le visage de Louise, de ma mère, de mon père, de Salomé, que des portes arides et pourtant très réelles. De l'angoisse au fond du ventre. Sa bouche elle a le goût des cigarettes et des airs tristes du dimanche soir. Des airs d'émission qui annoncent la rentrée des classes, une pluie de septembre : pire que l'hiver, il y a l'automne beaucoup trop sirupeux. Je pense toujours à des pays lointains en automne et pourtant l'aridité doit se sentir même au cœur d'octobre ici. L'aridité des gorges sèches durant les fins de soirées ou à 8h25 on décide d'aller dormir complètement sous mais asoiffés tout de même : la clope, les mots, l'absence. Combien de jours reste-t-il avant la séparation et la fuite ? Combien de jours avant le réveil ? La fin de la mélodie, l'orgue qui s'emballe, les claviers sans notes et les calvaires musicaux, les maisons à nouveau désertes et à nouveau la poussière s'accumulant sur tout, colonisatrice. Froide et diaphane. Quand sa bouche se retire de la mienne c'est comme si j'expirais de la fumée après une taffe beaucoup trop longue. 
"T'as raison, casse-toi, je te préfère comme ça." 
Sa bouche est un point final dans ces moments-là. California brille, criard.
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